Un jean selvedge brut ne s'achète pas comme un jean délavé. On ne le choisit pas pour l'allure qu'il a en boutique, mais pour celle qu'il aura dans deux ans. La patine, ces moustaches aux hanches, ces nids d'abeille derrière les genoux, ce bleu qui pâlit là où vous posez votre téléphone, dépend de quatre choses : la toile, son poids, sa composition et la coupe. Voici comment s'y retrouver.
Selvedge : ce que le mot garantit, et ce qu'il ne garantit pas
Selvedge vient de l'anglais « self edge », le bord qui se ferme tout seul. Sur un métier à navette, le fil de trame fait l'aller-retour d'un bout à l'autre de la toile et la referme de chaque côté. On reconnaît cette lisière à son liseré quand on retourne le bas de la jambe. Le mot dit comment la toile a été tissée. Il ne dit rien de sa patine : pour ça, il faut regarder la teinture et le poids.
La teinture : brut, et teint en corde
Pour une patine marquée, le jean doit être brut, c'est-à-dire ni lavé ni délavé en usine. Tout le contraste reste à faire, par vous. Cherchez ensuite une teinture en corde : l'indigo enrobe le fil sans le pénétrer jusqu'au cœur, qui reste blanc. À chaque frottement, la surface s'use et ce cœur blanc remonte. C'est ce qui donne les contrastes nets d'un vieux jean bien porté. Nos selvedges japonais 14 oz et Berto 13 oz sont teints en corde.
Le poids : 13, 14 ou 15 oz
Le poids se mesure en onces par yard carré. Plus il est élevé, plus la toile est raide au départ, et plus la patine se dessine en arêtes franches.
- 13 oz : une toile qui a du corps en toute saison sans demander de rodage. Notre jean selvedge Berto est tissé en Italie et mêle 98 % de coton à 2 % d'élasthanne. Il suit la jambe dès le premier jour ; la patine viendra, plus douce.
- 14 oz : le point d'équilibre. Notre jean selvedge japonais, 100 % coton sans élasthanne, est presque rigide au premier port. Il se ferme avec un certain effort, puis s'ouvre, gagne en souplesse et finit par prendre votre forme.
- 15 oz : pour ceux qui aiment que le jean résiste. Notre jean selvedge 15 oz est tissé au Japon par Menpu, en coton du Zimbabwe, lisière rouge. Les premières semaines sont exigeantes, c'est précisément ce qui fait la valeur du résultat.
La composition : 100 % coton pour la patine la plus franche
L'élasthanne apporte du confort, mais il ramène la toile vers sa forme d'origine. Un jean 100 % coton, lui, garde les plis qu'on lui donne : genoux, hanches, chevilles. Si la patine est votre but, partez sur du 100 % coton ; si vous voulez un selvedge confortable sans rodage, 2 % d'élasthanne ne se voient pas et se sentent.
La coupe et la taille
Une toile brute rigide se détend à l'usage, surtout à la taille. Pour nos selvedges japonais 14 oz et Berto 13 oz, nous conseillons de prendre une taille en dessous de votre taille habituelle. Côté coupe, notre coupe 3320, en selvedge d'Okayama de 14 oz, est haute de bassin, droite de jambe, aisée sans être ample : 33 cm de demi-tour de cuisse et 20 cm de demi-ourlet. Une jambe droite laisse la toile casser naturellement sur la chaussure, ce qui dessine aussi la patine du bas.
Porter, puis attendre
Le reste, c'est vous qui le faites : porter souvent, laver rarement. Nous l'expliquons en détail dans notre article comment entretenir un jean selvedge brut. Et quand le temps a fait son œuvre, notre atelier de Toulouse ourle au point de chaînette et reprise la toile sur machine d'époque, sur nos jeans comme sur les autres : l'atelier de réparation.
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